APERÇUS BIOGRAPHIQUES

Retour à Jacob Boehme - Documents - L'Étranger 

"Sa taille extérieure fut caduque et petite; il avait l'air ordinaire, le front bas, les tempes élevés, le nez un peu aquilin, les yeux gris tirant sur le bleu du ciel brillant, une barbe courte et mince, une voix dure et cependant agréable; il fut retenu de caractère, modeste dans ses paroles, humble dans a conduite, patient dans ses souffrances, et d'un cœur tendre. "

 

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Lettre de M. le baron Abraham de Frankenberg, auteur de la vie de Jacob Boehme, du 21 octobre 1641 > à télécharger

Jacob Boehme naquit, l'an de Jésus-Christ 1575, dans une petite ville de la Haute-Lusace, nommée le vieux Seidenburg, éloignée d'une lieue et demie de Görlitz, de parents de bonne souche allemande, son père Jacob et sa mère Ursula étant de pauvres et humbles paysans.

Ses parents, découvrant en lui des dispositions particulières, l'envoyèrent à l'école, où il apprit à lire et à écrire, ensuite ils lui firent apprendre le métier de cordonnier. Son apprentissage fini, il voyagea, se maria à Görlitz, et eut de ce mariage quatre garçons, à l'un desquels il enseigna le métier de cordonnier. 

Après avoir gagné sa vie à la sueur de son front, comme un ouvrier laborieux doit le faire, il fut de nouveau saisi [voir l'épisode de l'Étranger], au commencement du 17ème siècle, c'est-à-dire en 1600, à l'âge de 25 ans, de la lumière divine, avec son esprit astral animique, par  l'aspect subit d'un vase d'étain, dans le fond le plus profond, ou dans le centre de la nature secrète. Voulant bannir, dans le doute où il était, cette idée de son cœur, il passa le pont de Görlitz, qui était près de sa maison, pour se dissiper dans les champs couverts de verdure, et néanmoins il ressentit de plus en plus l'aspect qui venait de se présenter à lui, en sorte que par le moyen de ses empreintes ou figures naturelles, des ligaments et des couleurs, il avait pu, pour ainsi dire, pénétrer dans le cœur et dans la nature la plus secrète de toutes les créatures.

Mais il est appelé une troisième fois, selon la volonté et le conseil secret de Dieu; il est inspiré de l'Esprit Saint, doué et fortifié par une lumière nouvelle et par un don nouveau. Pour ne point oublier une si grande grâce qu'il venait d'obtenir, et pour ne point désobéir à un maître si saint et si consolateur, il se mit à composer en 1612 (cependant uniquement pour lui-même).

Son premier livre, intitulé L'Aurore naissante (...) ne devait jamais voir le jour, et encore moins être imprimé. Mais (...) le bruit s'en répandit dans le public, et parvint jusqu'aux oreilles du premier pasteur de Görlitz, appelé Grégoire Richter, qui, sans l'avoir vu ni examiné, le condamna du haut de la chaire.

(...) L'homme saint et patient a donc, par soumission à ses supérieurs, observé un sabbat parfait pendant sept ans, sans mettre la plume à la main. Mais ayant été fortifié et réveillé par une quatrième impulsion de son fonds intérieur, et ayant été excité par des gens craignant Dieu et versés dans les sciences naturelles, à ne pas cacher la lumière sous le boisseau, mais à la répandre de plus en plus, il se décida à reprendre la plume.

Après avoir fait une profession de foi évangélique et avoir usé du gage de la grâce, il est mort le dimanche 17 novembre (1624). Ayant fait appeler et demandé à son fils aîné : s'il entendait aussi la belle musique? Sur sa réponse négative, le moribond ordonna d'ouvrir la chambre afin qu'on entendit mieux le chant mélodieux.

Abraham de Frankenberg, De Vita et Scriptis Jacobi Boehmii